Excluantes les villes intelligentes ? 1/2

Même si en France on ne compte qu’une trentaine de projets, avec peu de recul sur les expérimentations menées, le concept de ville intelligente est déjà à la croisée des chemins, l’hyperconnection de la gestion urbaine s’efforçant d’optimiser le fonctionnement de la ville grâce à l’open data tend à ne plus être une fin en soi. La ville intelligente sera durable ou ne sera pas.

Photo by Maurício Mascaro from Pexels

Cependant, les promesses du smart territoire, si évolutives et multimodales soient-elles, se heurtent, dans leurs fondements même, à des écueils qui inquiètent ses promoteurs les plus enthousiastes.

I – Des smart territoires : à quel prix ?

L’open data privatisé

Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue fin 2017 au siège du Conseil régional de l’Ordre des architectes d’Ile-de-France, sa présidente Christine Leconte a annoncé la création d’un groupe de travail chargé d’alerter et de faire des propositions aux pouvoirs publics sur la ville intelligente. Son inquiétude ? Qu’elle soit réservée aux ménages les plus riches au détriment des moins aisés du fait de la privatisation excessive du marché.
« Des entreprises privées récoltent, gardent et monnaient des données sur les habitants (…) Les pouvoirs publics doivent entrer en possession des données collectées, voire les publier. Les bases ont un bien public et non un bien marchand » assène-t-elle.

Antoine Picon, professeur d’architecture à Harvard et auteur d’un essai sur le sujet « Smart Cities, théorie et critique d’un idéal auto-réalisateur » (téléchargeable gratuitement) à qui l’on demandait comment il voyait la smart city aujourd’hui, a donné cette réponse claire : « elle est surtout technique (…) mais il faut passer à une autre échelle (…) Il ne faut pas subir l’arrivée de ses nouveaux outils ni les déploiements imposés par les grands opérateurs. »

Consulter en podcast l’intervention d’Antoine Picon sur France Culture

E-administration et déshumanisation

Quant à l’e-administration, l’un des autres gros piliers définissant la smart city avec les smartgrids, elle vise à permettre d’abaisser les coûts tout en améliorant les services, à terme plus rapides, plus rationnels, plus personnalisés, plus universels.

Enfin, tout cela ne reste-t-il pas de la théorie ? Rares sont, pour l’instant, les évaluations, y compris financières, de ses évolutions. En revanche, les témoignages, de conseillers Pôle emploi, d’employés municipaux ou de la Poste se multiplient, qui se plaignent de l’anonymisation, de la déshumanisation de ses nouveaux services, laissant sur le bord de la route les moins habiles avec la technique, les plus âgés, et ceux qui sont déjà les plus en difficulté. Par ailleurs le fort taux de connexion et d’équipement promis et indispensable dans le projet de smart city n’induit pas forcément un usage avisé, surtout si les services sont mal conçus et les agents eux-mêmes mal formés… et ne parlons pas d’une sécurité des données mal assurée.

Ainsi les intentions promises et affichées de la ville intelligente d’améliorer la qualité de vie des habitants semble souvent se faire à l’écart des citoyens. Nous y reviendrons dans la suite de ce billet abordant, entre autres, l’aspect démocratie participative.

Ingrid_M

Photo by Maurício Mascaro from Pexels

décembre 2, 2018

Étiquettes : , , ,
  • Très bon article les filles. D’ailleurs ça ne laisse pas sur le côté uniquement les personnes pas à l’aise avec la technologie dans la population, c’est pareil au travail !

  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *